La Turquie affirme maintenir sa présence militaire à la base navale d’Albanie
Abdullah Bozkurt/Stockholm
La Turquie a rejeté les allégations selon lesquelles sa présence militaire de longue date en Albanie pourrait être compromise par des accords récents entre Tirana et Rome, insistant sur le caractère essentiel de son rôle à la base navale de Pashaliman qui se poursuivra sans interruption.
Dans une lettre envoyée au parlement plus tôt ce mois-ci, le ministre turc de la Défense Yaşar Güler a affirmé que l’Albanie n’a formulé aucune demande officielle de mettre fin à la présence turque à Pashaliman et qu’Ankara n’a prévu aucun retrait de son personnel.
« Les allégations dans ce sens sont totalement infondées », a déclaré le ministre en réponse aux spéculations sur un possible risque pour la présence turque suite à un accord récent entre l’Albanie et l’Italie sur la modernisation et le développement du port.
Historiquement importante en tant que seule base méditerranéenne de sous-marins soviétiques dans les années 1950, Pashaliman a été reprise par l’Albanie après sa rupture avec Moscou en 1961. Elle sert aujourd’hui de site naval clé pour la marine albanaise, la Turquie jouant un rôle majeur dans sa reconstruction et son utilisation.
Les autorités turques ont souligné que les activités de modernisation de la base, lancées en 1998, se poursuivent et que le personnel des forces navales turques y est toujours déployé, fournissant conseils et formation à la marine albanaise. Le ministère a décrit cette mission comme un pilier central du partenariat de défense entre les deux pays.
Lettre signée par le ministre turc de la Défense Yaşar Güler confirmant la présence continue de la Turquie au port naval albanais de Pashaliman :
Ankara a cherché à minimiser l’importance des récents accords de sécurité entre l’Albanie et l’Italie, arguant que cette coopération découle de la proximité géographique des deux pays et de leurs obligations communes au sein de l’OTAN. Ces initiatives, a indiqué le ministère, sont « indépendantes par nature » du rôle turc à Pashaliman et ne remettent pas en cause la position d’Ankara.
Dans le cadre d’un accord fin 2025, le géant italien de la construction navale Fincantieri a créé une coentreprise avec la société publique albanaise KAYO. L’objectif est de transformer le chantier naval de Pashaliman en un centre de production moderne capable de construire et d’entretenir des navires militaires jusqu’à 80 mètres pour la marine albanaise et le marché international.
Ce projet devrait générer un chiffre d’affaires annuel de 400 millions d’euros d’ici 2031, avec un objectif immédiat de construction de sept nouveaux patrouilleurs pour l’Albanie. Au-delà du secteur industriel, les investissements italiens ont suscité la controverse avec le projet « Pashaliman Laguna Eco Resort », un complexe touristique de 25 hectares empiétant partiellement sur des terrains militaires et patrimoniaux protégés.

En vertu d’accords bilatéraux existants, la marine turque conserve le droit d’utiliser les installations pour ses opérations en mer Ionienne et Adriatique. La Turquie continue de fournir un soutien financier et logistique crucial pour former du personnel et restructurer les forces armées albanaises selon les standards de l’OTAN.
Les relations entre la Turquie et l’Albanie se sont renforcées depuis l’adhésion de Tirana à l’OTAN en 2009. Les officiels ont souligné la signature d’un « Accord-cadre militaire » lors de la première réunion du Conseil de coopération de haut niveau Turquie-Albanie en février 2024 comme preuve du partenariat stratégique croissant.
Ankara considère le développement continu de Pashaliman au sein de l’OTAN comme une opportunité de renforcer son rôle dans l’alliance et de consolider son influence face à la Grèce, avec laquelle elle entretient des différends de longue date sur les frontières maritimes en Égée. Le ministre Güler a noté qu’évaluer des « modèles de travail multilatéraux efficaces » pour la base renforcerait la contribution turque à la sécurité en Adriatique et mer Ionienne.
Réaffirmant son engagement, le ministre a déclaré que la Turquie est pleinement consciente de l’importance de maintenir sa présence à Pashaliman et poursuivra ses activités bilatérales et multilatérales en coopération avec l’Albanie.
Cette déclaration témoigne de la détermination d’Ankara à rester un acteur central de la sécurité dans les Balkans occidentaux malgré l’engagement croissant de l’Italie et les objections grecques.
Pour consolider son empreinte en Albanie, la Turquie a annoncé en décembre 2025 le don d’un Airbus A319-115J, un avion gouvernemental d’une valeur de 11,9 millions de dollars, aux forces armées albanaises dans le cadre d’un accord bilatéral. L’accord porte la signature du ministre albanais de la Défense Pirro Vengu et est daté du 22 octobre 2025.
L’accord de don, dont Nordic Monitor a obtenu copie, stipule que cette donation vise à renforcer les « relations amicales et la coopération étroite » entre la Turquie et l’Albanie, établies initialement par le Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération de 1992, les deux parties exprimant leur volonté d’approfondir ces liens par une collaboration technique et militaire mutuelle.




