La Turquie a demandé au MI6 britannique de renforcer la protection du président syrien al-Sharaa
L’Organisation nationale du renseignement turc (MİT) a demandé au MI6 britannique le mois dernier de jouer un rôle accru dans la protection du président syrien Ahmed al-Sharaa suite à de récents complots d’assassinat, a rapporté Reuters vendredi, citant cinq sources proches du dossier.
Cette requête souligne l’inquiétude croissante parmi les soutiens étrangers de la Syrie concernant la sécurité d’al-Sharaa, qu’ils considèrent comme central pour empêcher un retour au conflit sectaire ou à la guerre civile après la chute de l’ancien président Bachar al-Assad fin 2024.
Reuters précise qu’il n’est pas clair ce que le MİT a exactement demandé au MI6 ni si l’agence britannique a assumé un nouveau rôle. L’agence de presse cite des responsables syriens et étrangers, ainsi que d’autres sources informées, toutes ayant requis l’anonymat en raison de la sensibilité du sujet.
Le rapport indique que l’inquiétude a augmenté ces dernières semaines face à une série de prétendus complots de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) visant al-Sharaa. Une source turque a déclaré à Reuters que le MİT a sollicité plus de soutien du MI6 après un incident de ce type le mois dernier, tandis qu’une haute source sécuritaire syrienne l’a qualifié de « complot d’assassinat à haut risque ».
Reuters rapporte également que le MİT, le MI6 et les autorités syriennes partagent en permanence des renseignements sur cette menace.
Une autre source occidentale du renseignement citée par Reuters suggère que la Turquie pourrait aussi souhaiter une présence occidentale plus forte à Damas pour servir de tampon entre les agences de renseignement turques et israéliennes, dont les gouvernements s’opposent sur des questions régionales.
Ce rapport intervient alors que la Syrie reste fragile 15 mois après le renversement d’Assad, avec une violence sporadique persistante et une région plus large secouée par la guerre actuelle impliquant l’Iran, Israël et les États-Unis.
Al-Sharaa est perçu par la Turquie, la Grande-Bretagne et les États-Unis comme une figure clé des efforts pour réunifier et stabiliser la Syrie, où 14 ans de guerre civile ont déplacé des millions de personnes et permis à l’EIIL de s’emparer de vastes territoires.
Le mois dernier, l’EIIL a intensifié ses attaques contre le personnel militaire et sécuritaire syrien et a déclaré al-Sharaa son « ennemi numéro un ». L’agence cite également le Bureau des Nations unies pour la lutte contre le terrorisme affirmant qu’al-Sharaa et deux ministres senior ont été ciblés dans cinq tentatives d’assassinat déjouées l’an dernier. Reuters avait précédemment rapporté en novembre que les autorités syriennes avaient contrecarré deux de ces tentatives.
Jeudi, Damas a reconnu publiquement pour la première fois qu’il coordonnait avec le MİT contre l’EIIL. Des sources sécuritaires turques ont indiqué à l’agence que le MİT avait identifié une cellule de trois hommes préparant des attaques à la bombe à distance dans la capitale syrienne, permettant aux autorités syriennes de prévenir ce qu’elles ont décrit comme une attaque imminente.
Reuters rapporte en outre que l’implication britannique a été discutée lors d’une réunion le 26 février à Damas entre une délégation conduite par l’envoyée spéciale britannique pour la Syrie, Ann Snow, et le vice-ministre syrien de l’Intérieur, le général de division Abdulqader Tahan. Une source sécuritaire syrienne citée par Reuters a estimé qu’une présence physique britannique à Damas serait « extrêmement risquée ».
Le MİT, le ministère turc des Affaires étrangères, le Foreign Office britannique et les ministères syriens de la Défense et de l’Intérieur n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.
Al-Sharaa, qui dirigeait autrefois le Front al-Nosra d’Al-Qaïda en Syrie avant de rompre avec le groupe en 2016, a ensuite mené une coalition de factions rebelles islamistes qui ont renversé Assad.




