La flambée de l’or stimule les dépenses en Turquie et complique la lutte contre l’inflation : rapport
Les records des prix mondiaux de l’or ont augmenté la valeur des réserves aurifères en Turquie d’environ 300 milliards de dollars sur un an, stimulant les dépenses des ménages et compliquant les efforts de la banque centrale pour réduire l’inflation, selon un rapport de Reuters.
La valeur totale de l’or détenu en Turquie a dépassé 750 milliards de dollars, soit près de la moitié de l’économie du pays évaluée à environ 1 570 milliards de dollars. Les économistes estiment que cette manne aurifère a créé un « effet de richesse », permettant aux ménages de maintenir leur consommation malgré une politique monétaire restrictive et des taux d’emprunt élevés.
La Turquie compte l’un des taux de possession d’or par les ménages les plus élevés au monde. Le métal précieux joue un rôle central dans l’épargne, souvent offert comme cadeau de mariage et transmis entre générations comme réserve de valeur pendant les périodes d’inflation et de volatilité monétaire.
Les données de la banque centrale turque indiquent qu’environ 600 milliards de dollars d’or sont détenus hors du système financier par les ménages et les entreprises. Cette pratique, localement appelée « sous l’oreiller », reflète une méfiance historique envers les institutions financières et une préférence pour les actifs physiques.
Par ailleurs, près de 80 milliards de dollars d’or sont déposés dans les banques et fonds d’investissement, tandis que 80 autres milliards appartiennent à la banque centrale comme réserve.
La hausse vertigineuse des cours de l’or a encouragé les achats importants comme les logements et véhicules. Économistes et responsables de la banque centrale soulignent que ce phénomène affaiblit l’impact de la politique des taux d’intérêt, les ménages pouvant financer leurs achats sans recourir au crédit.
Dans une récente analyse, la banque centrale a observé que les prix immobiliers ont augmenté plus vite dans les provinces avec des dépôts d’or élevés depuis fin 2023, lorsque les cours mondiaux ont commencé à grimper. Les officiels y voient la preuve que la richesse aurifère soutient la demande malgré des conditions financières restrictives.
En janvier, la banque centrale a réduit son taux directeur de 100 points de base à 37%, une baisse moindre qu’attendue par les marchés face aux pressions inflationnistes. Les prix à la consommation avaient augmenté de près de 5% ce mois-là, conduisant la banque à revoir à la hausse ses prévisions d’inflation pour fin d’année.
Les cours mondiaux de l’or ont atteint des records en raison des tensions géopolitiques et des perturbations commerciales, offrant un répit à de nombreux ménages turcs après des années d’inflation élevée et d’affaiblissement monétaire.
Les analystes soulignent que cette richesse aurifère compense partiellement la perte de pouvoir d’achat causée par une inflation supérieure à 30%, mais risque aussi de ralentir la désinflation en maintenant la demande intérieure.
Des commerçants rapportent que certains consommateurs vendent désormais de l’or pour acheter leur premier logement ou un véhicule, inversant la tendance des années précédentes où les ménages vendaient des biens immobiliers pour acquérir de l’or comme actif refuge.
Ce mélange de dépenses soutenues par l’or et d’inflation persistante place les décideurs devant un équilibre délicat entre soutien à l’activité économique et maintien d’une politique monétaire restrictive pour stabiliser les prix.




