Erdoğan cherche à renforcer l’influence turque au sommet de l’OTAN
Les points importants
- Ambition diplomatique : Erdoğan veut profiter du sommet pour renforcer le poids de la Turquie sur la scène internationale, malgré les critiques sur la répression intérieure.
- Rôle d’équilibriste : La Turquie se présente comme un acteur indispensable pour la sécurité européenne, mais ses relations avec l’OTAN ont connu des tensions (achat de S‑400, blocage de l’adhésion suédoise).
- Bénéfice intérieur : Le sommet offre à Erdoğan un avantage politique domestique, tandis que les préoccupations occidentales sur son virage autoritaire restent discrètes.
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan tentera, lors du sommet de l’OTAN qui se tiendra la semaine prochaine à Ankara, de rehausser le profil international de la Turquie, estiment des analystes, et ce malgré l’examen croissant de la répression de son gouvernement contre les opposants politiques avant la prochaine élection présidentielle.
Accueillir ce sommet des 7 et 8 juillet offre à Ankara l’occasion de souligner le rôle de la Turquie en tant que puissance régionale clé et de pont entre les États‑Unis et l’Europe à un moment de tensions géopolitiques croissantes.
Selon des analystes, Erdoğan souhaite capitaliser sur le rôle plus visible de la Turquie depuis le début de la guerre en Ukraine, alors que les conflits au Moyen‑Orient et les tensions au sein de l’alliance atlantique modifient les priorités de sécurité occidentales.
Son objectif est de positionner la Turquie comme « un acteur indispensable dans les processus de sécurité et géopolitiques en Europe et au‑delà », a déclaré à l’Agence France‑Presse l’expert en politique étrangère Serkan Demirtaş.
L’unité de l’OTAN a été mise à l’épreuve ces derniers mois, en particulier depuis que les États‑Unis et Israël ont commencé à attaquer l’Iran le 28 février, déclenchant une guerre.
Les gouvernements européens ont refusé de participer à la campagne militaire, à laquelle la Turquie s’est également opposée, ce qui a irrité le président américain Donald Trump, qui s’en est pris à l’OTAN.
Malgré ce différend, Trump assistera au sommet d’Ankara aux côtés de plus de trente autres dirigeants mondiaux.
Membre clé de l’OTAN, la Turquie se trouve au carrefour de l’Europe et du Moyen‑Orient et possède la deuxième armée de l’alliance.
« Le fait d’organiser le sommet en Turquie rappellera au reste de l’alliance le rôle important qu’Ankara joue depuis son adhésion à l’OTAN en 1952, non seulement au sein de l’alliance, mais aussi dans l’ensemble de la région », a déclaré Luke Coffey, chercheur principal au Hudson Institute.
« Dans la bonne direction »
Une source sécuritaire turque a indiqué que l’organisation du sommet constituait un « succès diplomatique » qui confirme le rôle de la Turquie en tant que puissance d’équilibre et souligne son importance croissante pour la défense européenne.
Demirtaş a souligné que la Turquie apporte une capacité militaire significative à l’alliance, citant sa participation aux principaux exercices de l’OTAN et son rôle dans les missions, en particulier dans la région baltique.
Les relations n’ont toutefois pas toujours été fluides.
« La relation bilatérale américano‑turque a connu des défis ces dernières années et, parfois, ces tensions ont débordé sur la dynamique interne de l’OTAN », a déclaré Coffey.
En 2022, la Turquie a initialement bloqué les candidatures de la Suède et de la Finlande à l’OTAN après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, bien que les deux pays aient finalement été admis.
Ankara a également irrité Washington en achetant des systèmes de défense antimissile russes S‑400, une décision qui a conduit à son exclusion du programme d’avions de chasse F‑35 et suscité des inquiétudes au sein de l’OTAN quant à la compatibilité avec les systèmes de l’alliance.
Néanmoins, les bonnes relations entre Trump et Erdoğan ont contribué à maintenir un dialogue ouvert entre les deux parties.
« Dans l’ensemble, la relation évolue dans la bonne direction. Il est de l’intérêt de tous que le sommet du mois prochain se déroule sans heurts », a déclaré Coffey.
Préoccupations discrètes
Aaron Stein, directeur du Foreign Policy Research Institute, a estimé que l’adhésion à l’OTAN reste « le moyen de dissuasion ultime de la Turquie », permettant à Ankara de gérer ses relations complexes avec la Russie sans affronter Moscou seule.
Cela donne à la Turquie une plus grande marge de manœuvre pour dialoguer avec la Russie, a‑t‑il ajouté.
Selon des analystes, il est important de maintenir la Turquie ancrée dans l’OTAN car Ankara peut opérer dans plusieurs domaines préoccupants pour l’alliance, de l’Ukraine au Moyen‑Orient.
Depuis le début de la guerre en Ukraine, la Turquie tente de maintenir un équilibre prudent, en accueillant des cycles de pourparlers entre Kiev et Moscou tout en gardant des canaux ouverts avec les deux parties.
« La Turquie a soutenu Kiev, parfois discrètement, avec des munitions et du matériel clés, tout en maintenant des canaux avec les deux parties dans le but de trouver une solution diplomatique », a déclaré Coffey.
Pragmatisme
Le sommet intervient en pleine tourmente intérieure, après qu’une décision de justice a évincé le principal chef de l’opposition turque, une décision que les critiques décrivent comme la dernière manœuvre judiciaire d’Erdoğan pour affaiblir ses rivaux avant l’élection présidentielle de 2028.
Les gouvernements européens ont gardé leurs préoccupations discrètes, avançant prudemment pour ne pas nuire à leurs relations avec Ankara, a déclaré Demirtaş.
Alors que la candidature d’adhésion de la Turquie à l’UE est largement au point mort, la coopération s’est orientée vers des domaines pratiques tels que la défense, où Ankara a élargi sa capacité industrielle et signé des accords avec des partenaires européens.
La source sécuritaire turque a déclaré qu’Ankara s’attend à ce que ses alliés assouplissent les restrictions sur son secteur de la défense et approfondissent la coopération industrielle.
Pour Erdoğan, le sommet offre également un avantage politique intérieur, lui donnant l’occasion de renforcer son image de « leader qui défend le plus vigoureusement les intérêts de la Turquie sur la scène internationale », selon Demirtaş.
Quant à la tolérance occidentale face au virage de plus en plus autoritaire d’Ankara, Stein a suggéré qu’elle est largement dissociée des liens sécuritaires.
« L’OTAN n’est pas un club exclusivement réservé aux démocraties », a‑t‑il déclaré.
© Agence France‑Presse
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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