D’anciens poids lourds de l’AKP se disent ouverts à une coopération avec Erdoğan
Ahmet Davutoğlu, dirigeant du Parti de l’Avenir (GP), et Ali Babacan, chef du Parti de la Démocratie et du Progrès (DEVA), tous deux anciens hauts responsables du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir, ont exprimé leur volonté de coopérer avec le président Recep Tayyip Erdoğan si ce dernier sollicite leur aide, a rapporté lundi le site d’information TR724.
Interrogé lors d’une émission sur NOW TV lundi sur son éventuelle acceptation d’un poste de vice-président proposé par Erdoğan, Davutoğlu a répondu : « S’ils disent : « L’État est en difficulté, l’économie s’effondre, venez nous aider à la redresser », je n’hésiterais pas. »
L’ancien Premier ministre, qui a dirigé le gouvernement AKP de 2014 à 2016, a ajouté qu’il refuserait toute position symbolique, affirmant que « l’autorité et la responsabilité doivent être équilibrées ».
Ses déclarations interviennent quelques jours après celles de Babacan, ancien vice-Premier ministre et ministre de l’Économie, qui a déclaré lors d’une émission en direct sur la chaîne pro-gouvernementale Akit TV qu’il n’éprouvait « aucune rancune personnelle » envers Erdoğan et ne « fermerait pas catégoriquement la porte » à une coopération, bien qu’il ne perçoive « aucune volonté de changement » au sein du parti au pouvoir.
Polémique autour d’une photo au parlement
Davutoğlu et Babacan ont récemment été photographiés en train de discuter avec Erdoğan lors de l’ouverture du parlement le 1er octobre, un moment qui a suscité de vives critiques sur les réseaux sociaux et dans les milieux d’opposition.
Plusieurs partis d’opposition, dont le Parti républicain du peuple (CHP), principal formation d’opposition, ont boycotté la cérémonie pour protester contre ce qu’ils décrivent comme un démantèlement de la démocratie constitutionnelle. Les députés du CHP ont déposé des fleurs sur leurs sièges vides pour symboliser l’absence de justice et l’emprisonnement de maires et de députés de l’opposition.

À l’inverse, Erdoğan apparaissait entouré de son allié Devlet Bahçeli, chef du Parti d’action nationaliste (MHP), et de figures de l’opposition comme Tuncer Bakırhan, coprésident du Parti pour l’égalité et la démocratie des peuples (DEM), Babacan et Davutoğlu, sous l’emblée du parlement turc.
De nombreux journalistes et analystes ont qualifié cette image de mise en scène soigneusement orchestrée, visant à présenter Erdoğan comme un homme d’État rassembleur et à lui conférer une légitimité politique à un moment où de nombreuses figures de l’opposition et dissidents croupissent en prison.
Le maire d’Istanbul et candidat à la présidentielle pour le CHP, Ekrem İmamoğlu, a été arrêté en mars. Onze maires du CHP sont emprisonnés et d’autres écartés, tandis que certains élus locaux d’opposition ont choisi de passer à l’AKP.
Depuis octobre dernier, le gouvernement mène une stratégie à deux volets : intensifier la répression contre le CHP tout en courtisant le Parti DEM et les factions dissidentes de l’AKP comme « opposition acceptable ».
Davutoğlu et Babacan, autrefois proches alliés d’Erdoğan, ont tous deux quitté l’AKP après des années à des postes gouvernementaux de premier plan, invoquant l’autoritarisme croissant et l’affaiblissement des contre-pouvoirs institutionnels.
Babacan a fondé le Parti DEVA en 2020, un an après la création du Parti de l’Avenir par Davutoğlu. Tous deux ont ensuite rejoint l’alliance d’opposition dite « Table des Six », formée avec le CHP, le Parti İYİ (nationaliste) et deux petits groupes de centre-droit.
Ce bloc espérait évincer Erdoğan lors de l’élection présidentielle de 2023, mais il s’est effondré après la défaite de son candidat commun, l’ancien dirigeant du CHP Kemal Kılıçdaroğlu. Les divisions internes et l’absence de stratégie post-électorale ont encore affaibli l’alliance.
En janvier, le GP, le DEVA et le Parti de la félicité (SP, islamiste) ont annoncé la formation du Nouveau Parti de la voie, un nouveau groupe parlementaire visant à unifier une partie de l’opposition, bien que chaque parti fondateur conserve son identité politique indépendante.
Kılıçdaroğlu dément les rumeurs de création d’un nouveau parti
Par ailleurs, Kılıçdaroğlu a démenti les informations selon lesquelles il envisagerait de créer un nouveau mouvement politique, alors que les spéculations sur les divisions internes au CHP se multiplient. S’exprimant dans le quotidien Nefes, l’ancien leader a qualifié ces allégations de « pure absurdité », signifiant ainsi qu’il n’entend pas revenir en politique active.

Les rumeurs selon lesquelles des proches de Kılıçdaroğlu auraient évoqué la création d’un mouvement dissident pour défier la direction actuelle ont émergé après le rejet, la semaine dernière, d’un recours contestant les 38e et 21e congrès ordinaire et extraordinaire du CHP.
La plainte visait à annuler les résultats du vote interne du CHP pour fraude électorale présumée. Ce scrutin avait conduit au remplacement de Kılıçdaroğlu, à la tête du parti depuis des années, par Özgür Özel, toujours en poste. Une décision favorable aurait pu évincer ce dernier.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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