Ce que pourrait signifier le pacte de défense saoudo-turco-pakistanais
Les points importants
- Contre-pouvoir régional : Ce pacte vise à contrer l'influence iranienne tout en réduisant la dépendance militaire des trois pays envers Washington.
- Complémentarité stratégique : L'Arabie saoudite apporte les fonds, la Turquie la technologie et le Pakistan la masse de manœuvre et la dissuasion nucléaire.
- Exclusion d'Israël : L'alliance rejette implicitement l'hégémonie israélienne et conditionne toute normalisation à la création d'un État palestinien.
Un pacte de défense entre l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan annonce une nouvelle alliance de sécurité destinée à dissuader l’Iran, réduire la dépendance envers les États-Unis et envoyer un message à Israël, selon des analystes.
Alors que la guerre au Moyen-Orient se poursuit, l’accord lie trois alliés des États-Unis par une clause de type OTAN selon laquelle une attaque contre un pays serait considérée comme une attaque contre les trois.
Des analystes interrogés par l’Agence France-Presse doutent que cette clause conduise à une action militaire, car les trois pays cherchent une issue négociée au conflit, la Turquie et le Pakistan agissant comme intermédiaires.
L’Arabie saoudite s’est placée au centre de l’alliance, officialisée dans la ville sainte de La Mecque. Mais quel sera l’impact concret de cet accord ?
Pourquoi maintenant ?
Près de six mois après le début de la guerre au Moyen-Orient, les États-Unis n’ont pas réussi à porter un coup décisif à l’Iran, tandis que Téhéran continue de restreindre le trafic dans le détroit d’Ormuz et que ses alliés houthistes perturbent les routes maritimes en mer Rouge.
Le conflit a contraint les pays de la région à repenser un système de sécurité qui reposait depuis des décennies sur la puissance militaire américaine.
Malgré le réseau de bases américaines dans la région, les forces américaines ont eu du mal à intercepter tous les drones et missiles balistiques lancés par l’Iran et ses alliés.
L’alliance montre que « la dissuasion américaine a été considérablement affaiblie et que la menace iranienne devra de plus en plus être gérée par les puissances régionales », a écrit Ali Shihabi, un analyste politique proche du gouvernement saoudien.
Depuis le début de la guerre, l’Arabie saoudite s’est rapprochée de la Turquie, avec laquelle elle entretenait auparavant des relations tendues, ainsi que de l’Égypte et du Pakistan. Ces quatre pays ont soutenu les efforts de médiation.
L’Arabie saoudite et le Pakistan ont une histoire de coopération sécuritaire et ont signé un accord similaire l’année dernière.
Ce que chaque pays y gagne
« Les trois pays sont exceptionnellement complémentaires », a déclaré à l’AFP Andreas Krieg, maître de conférences en sécurité au King’s College de Londres.
L’Arabie saoudite dispose de ressources financières « mais d’une profondeur industrielle militaire limitée », a-t-il précisé.
La Turquie et le Pakistan font face à des contraintes financières mais entretiennent de grandes armées.
« La Turquie possède la technologie et la capacité de fabrication, mais a besoin de marchés et d’investissements. Le Pakistan dispose de main-d’œuvre, de profondeur institutionnelle militaire et de dissuasion nucléaire, mais a besoin de financements et d’opportunités industrielles », a expliqué Krieg.
Les trois pays ne peuvent pas remplacer les États-Unis, qui restent centraux pour leur sécurité. Mais ils cherchent à combler un vide car Washington ne « restreindra pas Israël ni n’isolera les infrastructures du Golfe des représailles iraniennes ».
L’Arabie saoudite a intérêt à construire « plusieurs couches de sécurité plutôt qu’un seul parapluie américain », a déclaré Krieg, le royaume étant au centre de l’alliance.
Ensemble, leurs ressources pourraient donner un poids militaire à l’alliance, du moins en théorie.
La Turquie et le Pakistan attaqueraient-ils l’Iran ?
Il est peu probable que la Turquie et le Pakistan attaquent l’Iran si Téhéran mène de nouvelles frappes contre l’Arabie saoudite.
Le Pakistan n’a pas attaqué son voisin malgré la signature d’un pacte similaire avec l’Arabie saoudite l’année dernière.
« La Turquie et le Pakistan ne combattront pas l’Iran. Ces pays se considèrent comme des ‘stabilisateurs’ et veulent créer une dynamique politique pour y parvenir », a écrit Aslı Aydıntaşbaş, chercheuse à la Brookings Institution.
Même si le Pakistan et la Turquie sont peu susceptibles de riposter contre l’Iran pour des attaques contre l’Arabie saoudite, « ce pacte envoie un signal politiquement symbolique à l’Iran et à Israël », a déclaré H.A. Hellyer du Royal United Services Institute.
Une nouvelle alliance régionale ?
L’Arabie saoudite s’est rapprochée du Pakistan et de la Turquie alors que les divisions persistent entre les États du Golfe et que le royaume fait face aux attaques de l’Iran et de ses alliés.
L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis étaient engagés dans un conflit public avant la guerre. Bien que les deux pays semblent s’être réconciliés depuis, les analystes s’attendent à ce que les Émirats considèrent le pacte avec prudence.
Les États-Unis ont cherché à s’appuyer sur les accords d’Abraham, par lesquels les Émirats arabes unis, Bahreïn et d’autres pays ont normalisé leurs relations avec Israël, en créant une alliance régionale incluant leur allié israélien.
Ce nouveau pacte de défense réunit plutôt trois alliés des États-Unis dans un cadre sécuritaire qui rejette la domination israélienne dans la région, ont déclaré des analystes.
Le Pakistan et la Turquie se sont opposés aux politiques d’Israël, tandis que l’Arabie saoudite a insisté sur le fait qu’elle ne normaliserait pas ses relations avec Israël sans une voie vers la création d’un État palestinien.
« Washington aurait voulu une architecture de sécurité incluant Israël, et ils tiennent toujours à ce que l’Arabie saoudite normalise ses relations. Cette alliance ne va absolument pas dans ce sens », a déclaré Hellyer.
L’alliance « montre une volonté d’interrompre à la fois le projet d’hégémonie iranienne et celui de suprématie israélienne », a-t-il ajouté.
© Agence France-Presse
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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