8 présidents provinciaux de l’AKP démissionnent dans un contexte de turbulences internes
Huit présidents provinciaux du Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir en Turquie, ont démissionné en l’espace de deux jours, révélant des tensions internes alors que le parti peine à se remettre de ses lourdes défaites aux élections locales de l’année dernière, rapporte le quotidien Sözcü.
Les démissions concernent les provinces de Muğla, Çanakkale, Adıyaman, Niğde, Tunceli, Bitlis, Elazığ et Ordu. Le siège de l’AKP a confirmé ces départs dans un communiqué vendredi, indiquant que les résultats dans ces provinces étaient en deçà des attentes et que de nouveaux présidents seraient prochainement nommés.
Certains départs se sont produits dans des circonstances inhabituelles. Le président d’Elazığ, Şerafettin Yıldırım, a démissionné après avoir publiquement accusé des rivaux d’avoir diffusé une vidéo montrant son fils consommer de la drogue. D’autres, selon des sources internes citées par Sözcü, ont été poussés à quitter leurs fonctions en raison de plaintes sur l’incapacité des antennes locales à toucher les électeurs, notamment les jeunes, et à répondre aux difficultés économiques, laissant le parti « absent sur le terrain ».
Ce remaniement fait suite à la pire défaite électorale locale de l’histoire de l’AKP, lorsqu’il est arrivé en deuxième position au niveau national en mars 2024, perdant du terrain aussi bien dans les grandes villes que dans ses bastions ruraux. Le Parti républicain du peuple (CHP), principale formation d’opposition, est devenu le premier parti pour la première fois depuis 47 ans.
Le quotidien pro-gouvernemental Sabah a rapporté lundi que l’AKP avait lancé un audit de toutes ses antennes provinciales, dont les conclusions seront présentées au président Recep Tayyip Erdoğan. Les nouveaux présidents devraient être choisis après des entretiens avant une réunion du parti début octobre. L’AKP n’a pas commenté ces informations.
Vagues de ralliements au CHP malgré la répression
Alors que l’AKP fait face à des démissions, le CHP doit composer avec des ralliements croissants de ses responsables au parti au pouvoir.
Au moins huit maires et présidents locaux du CHP ont rejoint l’AKP depuis les élections de mars 2024, selon le site d’information Sol Haber. Parmi eux figurent des maires d’Aydın, Gaziantep, Seydişehir (Konya) et Yalova, ainsi que des responsables du district de Beykoz à İstanbul. D’autres ralliements sont attendus dans les semaines à venir, selon des sources politiques citées par le média.
Dans certains cas, des maires du CHP élus en mars 2024 ont cédé le contrôle de leurs municipalités à l’AKP après avoir changé de camp, transférant ainsi le pouvoir sans nouvelle élection. Les responsables du CHP dénoncent une tendance inquiétante qui pourrait s’amplifier.
Le CHP accuse le parti au pouvoir d’utiliser menaces et coercition pour attirer des figures de l’opposition, pointant du doigt une répression gouvernementale qui s’est intensifiée cette dernière année.
Dix-sept maires du CHP et des dizaines de responsables, dont le maire d’İstanbul Ekrem İmamoğlu, ont été arrêtés. İmamoğlu, considéré comme le principal rival politique d’Erdoğan et candidat probable du CHP à la présidentielle de 2028, a été arrêté en mars pour corruption, des accusations que ses soutiens jugent politiques. Son arrestation a déclenché les plus grandes manifestations en Turquie depuis 2013.
Depuis octobre 2024, des opérations policières ciblent des municipalités dirigées par le CHP à travers le pays, entraînant des centaines de placements en garde à vue et des dizaines d’arrestations.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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