La Turquie sanctionne plus de 100 médecins pour taux élevé de césariennes : rapport
Les points importants
- Mesures disciplinaires : Plus de 100 médecins ont reçu avertissements, suspensions temporaires et formations obligatoires.
- Taux record : La Turquie, premier de l’OCDE avec 61 % de césariennes en 2023, suscite une campagne gouvernementale pour promouvoir l’accouchement par voie basse.
- Critiques des médecins : Les décisions doivent reposer sur la santé et le consentement éclairé des patientes, non sur des objectifs chiffrés imposés par le pouvoir.
Le ministère turc de la Santé a imposé des mesures disciplinaires à plus de 100 obstétriciens et gynécologues en raison de taux élevés de césariennes, notamment des avertissements, des suspensions temporaires et des formations obligatoires, a rapporté samedi le journal BirGün.
La Turquie affiche le taux de césariennes le plus élevé parmi les 38 pays membres de l’OCDE. Les derniers chiffres disponibles montrent que les accouchements par césarienne représentaient environ 61 % des naissances en 2023.
Les médecins et les associations médicales affirment que ce taux élevé reflète des problèmes structurels du système de santé turc, notamment des charges de travail lourdes, un temps insuffisant pour le suivi du travail et la crainte de poursuites pour faute professionnelle en cas de complications lors d’un accouchement naturel.
Le gouvernement a cherché à réduire les césariennes médicalement inutiles dans le cadre d’une campagne plus large promouvant l’accouchement par voie basse et répondant à la baisse du taux de fécondité en Turquie.
Un règlement introduit en avril 2025 a interdit aux centres médicaux de pratiquer des césariennes programmées sans indication médicale. Cette restriction ne s’appliquait qu’aux centres médicaux, et non à tous les hôpitaux privés, comme certaines informations initiales le suggéraient.
Le président Recep Tayyip Erdoğan a régulièrement encouragé les familles à avoir plus d’enfants, tandis que le gouvernement a désigné 2025 comme l’« Année de la famille » et lancé une initiative de politique familiale à plus long terme.
BirGün, citant des informations provenant d’associations médicales à travers le pays, a indiqué que plus de 100 médecins avaient été sanctionnés en raison de leurs taux de césariennes.
La Chambre des médecins d’Antalya a déclaré que des obstétriciens avaient reçu des avertissements, faisaient l’objet d’enquêtes disciplinaires, avaient été temporairement suspendus de leur pratique et avaient été contraints de suivre une formation prénatale en raison de taux élevés de césariennes.
Le site d’information Diken a rapporté qu’un obstétricien d’un hôpital privé de la province nord-ouest de Sakarya avait été licencié à la demande du ministère et suspendu de ses fonctions pendant six mois.
Selon le rapport, le médecin a dû suivre une formation dans un hôpital public et réussir un examen avant d’être autorisé à reprendre son travail.
Dr. Ayşe Gültekingil, une responsable de l’Association médicale turque, a déclaré à BirGün que punir des médecins individuellement ne résoudrait pas ce qu’elle a décrit comme un problème structurel.
« Le taux d’accouchements par césarienne en Turquie dépasse 60 %. Mais la méthode d’accouchement reflète divers problèmes au sein du système de santé turc », a-t-elle déclaré.
Les groupes médicaux soutiennent que les décisions concernant la méthode d’accouchement doivent reposer sur la santé et le consentement éclairé de la femme enceinte, en consultation avec son médecin, plutôt que sur des objectifs numériques imposés aux médecins.
© Agence France-Presse




