La Turquie libère 106 manifestants, mais emprisonne davantage de militants LGBTQ
Les points importants
- Libération de 106 manifestants : La police turque a relâché les personnes détenues mardi à İstanbul, selon l'association ÇHD.
- Répression accrue : 81 personnes arrêtées dimanche sont en détention provisoire, dont des membres d'organisations LGBTQ.
- Vague de censure : Les autorités bloquent les comptes de journalistes, d'avocats et de défenseurs des droits, suscitant des critiques de l'UE.
La police turque a libéré plus d’une centaine de manifestants arrêtés la veille pour avoir protesté contre une vaste opération menée le week-end dernier contre la communauté LGBTQ et des militants des droits.
Les 106 personnes avaient été interpellées mardi devant un tribunal d’İstanbul, où des militants des droits devaient lire une déclaration dénonçant des raids visant des membres et des activistes de la communauté LGBTQ.
L’Association progressiste des avocats (ÇHD) a confirmé mercredi soir que les 106 personnes avaient toutes été relâchées.
Parmi elles se trouvaient deux journalistes, l’un du quotidien de gauche BirGün et l’autre de la télévision allemande ARD, détenus alors qu’ils couvraient la manifestation, ont indiqué la ÇHD et BirGün.
Dimanche à l’aube, la police turque a lancé des raids dans des bars gays, des boîtes de nuit et les domiciles d’activistes et de membres de la communauté LGBTQ, en vertu d’un mandat visant 162 personnes, neuf organisations et 13 entreprises dans 15 provinces, dont Istanbul, Ankara et Izmir.
Selon l’association Lawyers for Justice (AIH), 109 personnes ont été arrêtées.
Le président Recep Tayyip Erdogan, à la tête d’un gouvernement d’inspiration islamique, a qualifié la communauté LGBTQ de mouvement « déviant » et de « pervers ».
Son ministre de la Justice a justifié ces raids comme une tentative de protéger « les enfants et l’institution de la famille ».
Mercredi soir, des tribunaux de plusieurs villes avaient placé en détention provisoire 81 des personnes arrêtées dimanche, selon Kaos GL, un groupe de premier plan pour les droits LGBTQ également visé par les raids de dimanche.
33 autres personnes ont comparu mercredi devant un tribunal d’İstanbul, un juge ayant emprisonné 20 d’entre elles, a indiqué Kaos GL, précisant que les 13 autres avaient été libérées sous conditions.
Au moins neuf des personnes incarcérées représentaient des organisations LGBTQ.
« Escalade choquante »
Mardi soir, un tribunal d’Ankara avait emprisonné 13 personnes, dont sept de Kaos GL, cinq personnes transgenres et un journaliste.
28 autres ont été emprisonnées à Mersin, a rapporté l’agence de presse DHA.
Parallèlement, les restrictions d’accès visant les sites web et les comptes sur les réseaux sociaux des associations, activistes et groupes de défense des droits LGBTQ, commencées samedi, se sont poursuivies mercredi, a déclaré l’Association pour la liberté d’expression de Turquie (İFÖD) sur X.
Les derniers comptes bloqués sont ceux de plusieurs journalistes de gauche, d’un média d’information socialiste et de deux associations faîtières représentant des organisations de femmes, a-t-elle précisé.
Ces derniers jours, les autorités turques ont bloqué l’accès aux comptes d’avocats, de défenseurs des droits de l’homme, du groupe de défense des droits MLSA, d’Amnesty International Turquie, d’Academics for Peace et du journal Evrensel, entre autres.
Bien que les relations homosexuelles soient légales en Turquie, l’hostilité envers les personnes LGBTQ reste répandue, l’homophobie étant évidente même aux plus hauts niveaux du gouvernement.
La communauté LGBTQ de Turquie est confrontée à une pression croissante depuis que le gouvernement a déclaré 2026 comme le début de sa « Décennie de la famille ».
Cette répression a suscité des critiques de la part des partis d’opposition et de l’Union européenne, le rapporteur du Parlement européen pour la Turquie, Nacho Sanchez Amor, qualifiant les arrestations d’« escalade choquante de la répression ».




