La Turquie émet un avertissement maritime pour les relevés du gazoduc chypriote : rapport
Les points importants
- Avertissement maritime : La Turquie a émis un NAVTEX pour le navire Oruç Reis afin de mener des études sismiques le long du tracé du gazoduc vers Chypre-Nord.
- Projet contesté : Le protocole d’entente signé en juillet prévoit un gazoduc opérationnel en 2028, mais il est dénoncé par Chypre et l’UE.
- Contexte diplomatique : L’annonce intervient avant la visite du chef de l’ONU à Chypre pour relancer le processus de paix.
La Turquie a émis un avertissement de navigation, connu sous le nom de NAVTEX, pour le navire de recherche Oruç Reis afin d’effectuer des relevés sismiques jusqu’au 30 août le long du tracé proposé d’un gazoduc sous-marin reliant sa côte sud à Chypre-Nord, a rapporté mercredi Bloomberg HT, citant Bloomberg News.
Le navire avait quitté le port de Silifke le 20 juillet, deux jours avant l’émission de l’avis maritime, incitant les autorités grecques à surveiller ses mouvements, a rapporté le journal grec To Vima.
Ces relevés sont les premiers travaux offshore rapportés publiquement depuis que la Turquie et les autorités chypriotes turques ont signé un protocole d’entente (MOU) le 10 juillet pour faire avancer le projet, qu’Ankara vise à mettre en service en 2028.
Le tracé prévu de 101 kilomètres irait d’Anamur, dans la province turque méridionale de Mersin, à la centrale électrique de Teknecik, à l’est de Kyrenia, dans le nord de Chypre. Sur le total, 97 kilomètres passeraient sous la Méditerranée et quatre kilomètres seraient terrestres, a déclaré le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Alparslan Bayraktar, lors de la cérémonie de signature.
La conception prévoit deux pipelines parallèles de 22 pouces pouvant transporter du gaz naturel dans les deux sens, selon le ministère turc de l’Énergie et des Ressources naturelles. La Turquie prévoit d’abord d’alimenter les centrales électriques du nord de Chypre qui brûlent actuellement du combustible liquide. Ankara affirme que la route inverse pourrait plus tard transporter du gaz produit près de l’île vers la Turquie et potentiellement vers l’Europe.
Bayraktar a déclaré en mai que la Turquie visait à terminer les travaux d’ingénierie d’ici fin 2026 et à commencer à exploiter le gazoduc en 2028. Les responsables turcs n’ont pas divulgué publiquement son coût ou sa capacité prévus, comment la construction serait financée, quelle partie supporterait les dépenses ou si des études de faisabilité environnementale et commerciale ont été achevées.
Le protocole d’entente du 10 juillet a été signé par le vice-président turc Cevdet Yılmaz et le Premier ministre chypriote turc Ünal Üstel. Il couvre les pipelines, les terminaux de réception et les installations auxiliaires nécessaires pour fournir au nord de Chypre l’accès au gaz naturel, a indiqué le ministère.
Le projet a suscité des objections de la République de Chypre et de l’Union européenne, qui ne reconnaissent pas l’État chypriote turc dans le nord.
La République turque de Chypre du Nord (RTCN), proclamée en 1983, n’est reconnue que par la Turquie. Chypre est divisée depuis 1974, lorsque les forces turques ont pris le contrôle du nord après un coup d’État soutenu par la Grèce qui visait à unir l’île à la Grèce. La République de Chypre contrôle le sud et est internationalement reconnue comme le gouvernement de l’île.
Le ministère chypriote des Affaires étrangères a condamné le protocole d’entente comme illégal et a déclaré qu’il considérait le projet comme faisant partie d’un effort pour consolider le contrôle de la Turquie sur le nord et accroître son intégration avec la Turquie. Nicosie soutient que la Turquie et l’administration chypriote turque ne peuvent pas conclure d’accords affectant la souveraineté ou les droits maritimes de la République de Chypre.
La chef de la politique étrangère de l’UE, Kaja Kallas, a abordé le projet après une réunion des ministres des Affaires étrangères du bloc lundi. « L’UE attend d’Ankara qu’elle respecte la souveraineté et les droits souverains de tous les États membres de l’UE », a déclaré Kallas.
Üstel a rejeté les critiques de l’UE et a accusé le bloc de s’aligner sur la position chypriote grecque. Les responsables chypriotes turcs affirment avoir le droit de prendre des décisions concernant leur approvisionnement énergétique et leur développement économique.
Le gazoduc est également lié à un différend sur les ressources énergétiques et la juridiction maritime en Méditerranée orientale. Ankara affirme que les Chypriotes turcs ont des droits égaux aux ressources offshore de l’île et rejette les décisions prises par la République de Chypre au nom de toute l’île. Le gouvernement chypriote grec et l’UE maintiennent que la République de Chypre détient des droits souverains dans ses eaux.
L’utilisation de l’Oruç Reis et d’un NAVTEX risque d’attirer l’attention car le navire était au centre d’un affrontement de 2020 entre la Turquie et la Grèce au sujet de revendications concurrentes en Méditerranée orientale. La Turquie a envoyé le navire dans des eaux contestées pour des recherches sismiques tandis que des navires de guerre turcs et grecs surveillaient l’opération. Bloomberg HT a décrit la nouvelle mission comme des travaux de relevé le long du tracé prévu du gazoduc.
Cette annonce intervient également quelques jours avant la visite du secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, à Chypre du 27 au 29 juillet pour des entretiens avec le leader chypriote grec Nikos Christodoulides et le leader chypriote turc Tufan Erhürman visant à faire avancer le processus de paix bloqué de l’île.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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