La Turquie écroue la présidente provinciale du Nouveau Parti dans une enquête pour corruption
Les points importants
- Détention provisoire : İlksen Özalper, présidente provinciale du Nouveau Parti à Manisa, a été écrouée le 8 août pour corruption et criminalité organisée.
- Première du genre : Depuis la fondation du Nouveau Parti en juillet, c’est la première fois qu’un de ses responsables provinciaux est visé.
- Soupçons politiques : L’opposition y voit une justice instrumentalisée pour écarter du pouvoir les rivaux de Recep Tayyip Erdoğan.
Un tribunal turc a placé samedi en détention provisoire İlksen Özalper, présidente provinciale du Nouveau Parti, formation d’opposition, dans la province de Manisa (ouest du pays), pour corruption et criminalité organisée, une première du genre contre l’un des responsables provinciaux du parti depuis sa création en juillet.
Özalper a été interpellée à son domicile de Manisa le 5 août, après quoi la police a perquisitionné les lieux. Après avoir été entendue à Manisa, elle a été transférée à Ankara, où un magistrat a validé, le 8 août, une demande de détention provisoire.
Le parquet général d’Ankara enquête sur Özalper pour corruption et appartenance à une organisation criminelle constituée en vue d’un gain financier.
Le dossier a été ouvert par le parquet général d’Istanbul puis transmis à Ankara pour des raisons de compétence territoriale. Il s’appuie, selon le quotidien Sözcü, sur le témoignage du maire suspendu d’Uşak, Özkan Yalım, recueilli dans le cadre des dispositions turques de « repentir efficace », sur les rapports de la commission d’enquête sur les délits financiers (MASAK) et sur les relevés de trafic téléphonique. Ces dispositions permettent à une personne accusée d’une infraction de fournir des informations en échange de la perspective d’une peine réduite.
Le conseiller de la municipalité métropolitaine de Manisa, Demirhan Gözaçan, son chauffeur Anıl Demir, et Cem Yüzer, directeur général d’une société appartenant à la municipalité du district de Şehzadeler, avaient déjà été placés en détention provisoire dans le cadre de la même enquête. Ils sont eux aussi poursuivis pour corruption et criminalité organisée.
Özalper dirigeait auparavant la section de Manisa du Parti républicain du peuple (CHP), alors principale force d’opposition. Manisa est aussi la province d’origine et la circonscription parlementaire du chef du Nouveau Parti, Özel.
Le CHP a obtenu 37,8 % des voix lors des élections locales de mars 2024 en Turquie, devant les 35,5 % remportés par le Parti de la justice et du développement (AKP) du président Recep Tayyip Erdoğan. C’était la première fois en 22 ans que l’AKP ne terminait pas en tête au niveau national. Le CHP a conservé Istanbul, Ankara et Izmir et a conquis des municipalités gouvernées par les alliés d’Erdoğan.
Les procureurs ont ouvert, plus tard dans l’année, une série d’enquêtes pour corruption et terrorisme visant les municipalités du CHP. Depuis, des dizaines de maires, de responsables municipaux et d’hommes d’affaires ont été arrêtés ou incarcérés pour des faits notamment de corruption, de truquage d’appels d’offres, de détournement de fonds, d’extorsion et d’infractions liées au terrorisme.
L’affaire la plus en vue concerne le maire d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu, principal rival électoral d’Erdoğan. Incarcéré depuis mars 2025, İmamoğlu est le principal prévenu d’un procès pour corruption impliquant 407 personnes, pour la plupart employées de la municipalité métropolitaine d’Istanbul. Il conteste les accusations.
Une procédure distincte a ensuite visé la direction du CHP. Le 21 mai, une cour d’appel d’Ankara a rendu une ordonnance provisoire annulant le congrès du parti des 4 et 5 novembre 2023, révoquant Özel et le bureau exécutif et rétablissant l’ancien président Kemal Kılıçdaroğlu. La cour a invoqué des achats de voix présumés lors du congrès, où Özel avait battu Kılıçdaroğlu. Özel et ses partisans ont rejeté cette décision, y voyant une ingérence judiciaire.
Human Rights Watch a qualifié l’ordonnance d’ingérence inhabituelle dans une élection interne au parti et de tentative de marginalisation de l’opposition. Le ministre de la Justice, Akın Gürlek, a déclaré que la décision renforcerait la confiance du public dans la démocratie. Le 24 mai, la police a utilisé des gaz lacrymogènes pour entrer dans le siège du CHP à Ankara et en a expulsé des membres de l’équipe d’Özel.
Après des semaines de discorde, Özel et 90 autres députés ont démissionné du CHP le 24 juillet et ont fondé le Nouveau Parti. Leur départ a donné au Nouveau Parti 91 sièges au Parlement turc de 600 sièges, ce qui en fait le plus grand groupe d’opposition et le deuxième parti derrière l’AKP, qui en détient 277. Le CHP a été réduit à 44 sièges, tandis que le Parti de l’égalité et de la démocratie des peuples (DEM Parti) en compte 56.
Le 5 août, jour de l’interpellation d’Özalper, les procureurs ont demandé au Parlement de lever l’immunité d’Özel et du député du Nouveau Parti Veli Ağbaba, en raison d’allégations selon lesquelles ils auraient accepté des pots-de-vin lorsqu’ils étaient au CHP.
Les partis d’opposition et les organisations de défense des droits humains soutiennent que ces procédures pénales visent à écarter du pouvoir les rivaux élus du président Recep Tayyip Erdoğan.
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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