La Syrie annonce des discussions avec Israël sur la désescalade et la prévention d’un débordement des tensions turques
Les points importants
- Désescalade régionale : La Syrie et Israël se sont rencontrés en Jordanie pour éviter une escalade après les frappes israéliennes et les tensions croissantes entre Ankara et Tel-Aviv.
- Médiation américaine : Les discussions, menées sous l'égide des États-Unis, visent à établir un mécanisme de coordination pour empêcher tout affrontement sur le sol syrien.
- Prévention d'un conflit turco-israélien : Les parties ont cherché à éviter que les tensions entre la Turquie et Israël ne se répercutent sur le territoire syrien, Damas jouant un rôle de tampon.
La Syrie a annoncé avoir tenu des discussions avec Israël en Jordanie dimanche, portant sur la désescalade après de récentes frappes israéliennes et sur la préservation du pays des tensions entre Israël et la Turquie, alliée de Damas.
Ces négociations de haut niveau font suite à l’accord conclu en janvier entre les parties pour établir un mécanisme de partage de renseignements, alors qu’elles se rapprochent d’un accord de sécurité.
Elles interviennent également après qu’Israël a bombardé plus tôt dans la semaine la base aérienne désaffectée d’Abu Duhur, dans le nord-ouest du pays, affirmant vouloir empêcher un déploiement de troupes turques sur le site. Ankara a démenti toute visite sur les lieux.
L’agence de presse officielle syrienne SANA a cité une source diplomatique au ministère des Affaires étrangères, indiquant qu’« une délégation syrienne de haut niveau, dirigée par le ministre des Affaires étrangères et comprenant les chefs des renseignements généraux et militaires » a rencontré une délégation israélienne de haut niveau « sous médiation américaine et avec l’accueil de la Jordanie ».
La réunion s’inscrivait « dans le cadre d’efforts visant à la désescalade après les récents bombardements israéliens du territoire syrien, la montée des tensions dans le sud de la Syrie, et en soutien à la stabilité en Syrie et dans la région », a déclaré la source.
Les discussions ont également porté sur « les efforts visant à rapprocher les points de vue entre la Turquie et Israël et à garantir que les tensions actuelles entre les deux pays ne se répercutent pas sur le territoire syrien », a ajouté le rapport.
Une source diplomatique et une source gouvernementale syrienne ont déclaré à l’Agence France-Presse que le ministre des Affaires étrangères, Assaad al-Shaibani, avait rencontré le chef du Mossad, les services de renseignement israéliens, Roman Gosha.
Ils ont notamment discuté de la création d’« une salle d’opérations spéciale » en Jordanie sous supervision américaine pour prévenir toute confrontation en Syrie, y compris impliquant la Turquie, ont ajouté les sources.
Négociations
L’émissaire américain pour la Syrie, Tom Barrack, avait dénoncé mardi l’attaque israélienne contre la base aérienne comme une « escalade inutile qui ne sert pas la stabilité régionale ».
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président turc Recep Tayyip Erdoğan ont échangé des invectives depuis l’incident, les tensions étant vives entre les deux dirigeants.
La source gouvernementale syrienne a déclaré à l’AFP que les discussions de dimanche étaient les premières entre Israël et la Syrie depuis un certain temps, tandis que la source diplomatique a indiqué qu’elles étaient les premières depuis plusieurs mois.
SANA a indiqué que les discussions avaient porté sur « l’établissement de mécanismes pratiques pour mettre fin aux attaques israéliennes… et la relance du processus de négociation en vue de parvenir à un accord de sécurité qui pourrait servir de base à un accord futur plus global ».
Israël et les nouvelles autorités syriennes ont tenu plusieurs cycles de discussions directes, et après des négociations à Paris en janvier, ils ont convenu d’établir une cellule de communication dédiée sous supervision américaine pour réduire les tensions bilatérales.
Un diplomate arabe à Damas avait alors déclaré à l’AFP qu’une salle d’opérations conjointe basée en Jordanie suivrait les questions, notamment la coordination sécuritaire et le contrôle des frontières.
Sud de la Syrie
Israël a lancé des centaines de frappes sur la Syrie depuis le renversement en décembre 2024 du dirigeant de longue date Bachar al-Assad par des forces islamistes qu’il considère comme des djihadistes.
Il a envoyé des troupes dans une zone tampon patrouillée par l’ONU qui séparait depuis longtemps les forces israéliennes et syriennes sur le plateau du Golan annexé par Israël.
Israël a également mené des incursions répétées plus profondément en territoire syrien et a promis de maintenir des troupes dans une soi-disant « zone de sécurité » dans le sud de la Syrie, où il cherche une zone démilitarisée plus large.
Les discussions sont également intervenues un jour après qu’Israël a frappé ce qu’il a présenté comme un militant dans le sud de la Syrie. Damas a déclaré qu’une personne avait été blessée dans la frappe, qu’elle a qualifiée de « violation flagrante » de sa souveraineté.
Israël a capturé la majeure partie du plateau du Golan à la Syrie lors de la guerre arabo-israélienne de 1967 et a ensuite annexé les zones sous son contrôle, une décision reconnue uniquement par les États-Unis et, ce mois-ci, par la Colombie.
Le président américain Donald Trump a poussé à un accord de sécurité entre la Syrie et Israël, mais Israël reste méfiant à l’égard des autorités syriennes.
Agence France-Presse




