La passe d’armes Turquie-Azerbaïdjan révèle des divergences, mais les intérêts communs limitent les retombées
Les points importants
- Divergences révélées : le port du voile à l’école et les liens de Bakou avec Israël tendent les relations turco-azerbaïdjanaises.
- Bakou s’affirme : l’Azerbaïdjan revendique une politique étrangère plus pragmatique et rejette les pressions extérieures, y compris celles d’Ankara.
- Intérêts partagés : la coopération énergétique et les liens stratégiques entre les deux pays limitent fortement les risques de rupture.
Un différend sur les restrictions du voile à l’école et les liens de l’Azerbaïdjan avec Israël a mis en lumière des divergences entre Bakou et son proche allié turc, mais les analystes estiment que leurs intérêts énergétiques et stratégiques communs donnent aux deux pays de solides raisons de limiter les retombées.
Ce désaccord public a mis à l’épreuve une relation traditionnellement décrite comme « one nation, two states, » reflet des liens culturels étroits entre les deux pays et de leurs langues turciques apparentées.
Si la rhétorique est restée mesurée au sommet, d’autres personnalités politiques se sont montrées plus offensives.
Le 12 octobre, Oktay Saral, conseiller principal du président Recep Tayyip Erdoğan, a dénoncé comme « unacceptable » les restrictions de l’Azerbaïdjan en matière d’uniforme scolaire, qui interdisent tout vêtement en contradiction avec l’uniforme prescrit ou les principes laïcs de l’éducation.
« Wearing a headscarf … is a requirement of faith! », a-t-il écrit sur X.
« We expect Azerbaijan to reverse this mistake as soon as possible. »
Le lendemain, le Nouveau Parti d’Azerbaïdjan (YAP), la formation au pouvoir du président Ilham Aliyev, a répliqué en dénonçant Saral et des députés de l’AKP d’Erdoğan pour leurs « populist and irresponsible statements. »
« The recent disinformation campaign targeting Azerbaijan has become increasingly aggressive, systematic and openly slanderous, » a déclaré le parti.
La confrontation a reflété les différences entre le pouvoir laïc azerbaïdjanais et le gouvernement turc aux racines islamistes d’Erdoğan. Elle a aussi mis en évidence des désaccords sur les relations étroites de Bakou avec Israël, qui a fourni à l’Azerbaïdjan des drones et d’autres armements utilisés lors de sa guerre de 2020 contre l’Arménie au sujet du Nagorno-Karabakh.
Les relations de la Turquie avec Israël, en revanche, se sont fortement dégradées en raison de la guerre à Gaza. Erdoğan a accusé Israël de génocide, tandis qu’Ankara entretient des contacts de haut niveau avec le Hamas, le mouvement islamiste palestinien dont les attaques d’octobre 2023 contre Israël ont déclenché la guerre.
Bakou plus « pragmatique »
Les médias turcs pro-gouvernementaux ont amplifié le différend, le quotidien Yeni Şafak dénonçant les restrictions sur le voile comme un geste envers Israël.
« We firmly reject attempts to deliberately distort Azerbaijani-Israeli relations, portray these ties as supposedly exceptional and use this as a basis for making political accusations against Azerbaijan », a déclaré le YAP.
Les analystes voient dans la réponse de Bakou la preuve d’une volonté croissante d’affirmer son indépendance, y compris dans ses rapports avec la Turquie.
« The changing geopolitical order in the greater Eurasia has enabled Azerbaijan to pursue a more pragmatic foreign policy », a déclaré Fuad Shahbazov, analyste politique indépendant, indiquant que cela signifiait que Bakou « categorically resists the attempts of external actors, even its ally Turkey. »
Ankara a également cherché à apaiser les tensions. Le vice-président de l’AKP, Kürşad Zorlu, a déclaré que les deux parties savaient comment régler les problèmes « within the family, » dans ce qui ressemblait à un appel à la retenue.
Lors d’un sommet régional à Bakou le 15 octobre, le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan a salué « the unshakable bond … between our leaders », une relation mise à l’épreuve « in very difficult times. »
Trop à perdre
Les observateurs estiment que les deux pays partagent trop d’intérêts pour risquer une rupture.
« The sometimes-tense relations with Moscow and the Iran war happening next door mean that Baku cannot afford to alienate an otherwise good partner », a déclaré à l’AFP Ivan Klyszcz, du Centre international de défense et de sécurité (ICDS), basé en Estonie.
« Moreover, energy cooperation, ongoing well before the current spat, is too important for both parties », a-t-il ajouté.
« For Turkey, Azerbaijan is an essential gate for Central Asia, a region … seen by Ankara as strategic. »
Shahbazov a fait valoir que les ressources énergétiques de l’Azerbaïdjan et ses connexions avec l’Asie centrale lui donnent une influence dans cette relation, malgré sa population beaucoup plus réduite.
« The litmus test of the Baku-Ankara axis will depend on the latter’s further attitude and commitment to quickly get back on diplomatic tracks to handle this crisis », a-t-il déclaré à l’Agence France-Presse.
« Azerbaijan possesses energy leverage and access to the Central Asian region, giving it leverage over Turkey », a-t-il dit.
Ces connexions comptent pour l’ambition d’Ankara de conserver son rôle de plaque tournante du transit entre l’Europe et l’Asie.
Malgré tout, des points de friction subsistent.
Le 16 octobre, le parquet général d’Azerbaïdjan a annoncé que le chroniqueur turc Celal Çiftçi avait été déclaré internationalement recherché pour de présumés appels à un coup d’État et la promotion de « religious extremism. » Un tribunal azerbaïdjanais a également émis un mandat d’arrêt en son absence.
Çiftçi écrit pour le journal Şanlıurfa Olay.
© Agence France-Presse




