La Grèce renforce ses liens avec Israël dans un délicat exercice d’équilibre diplomatique
Les points importants
- Coopération militaire renforcée : La Grèce acquiert le système de défense aérienne « Bouclier Achille » d’Israël pour 3 milliards d’euros, consolidant un rapprochement amorcé en 2010.
- Pas une alliance anti-Turquie : Malgré des tensions avec Ankara, les analystes estiment que ce partenariat ne constitue pas une coalition contre la Turquie, Israël ayant ses propres différends avec celle-ci.
- Équilibre diplomatique délicat : Athènes tente de maintenir de bonnes relations avec les pays arabes tout en approfondissant ses liens avec Israël, suscitant des critiques de la gauche grecque sur la guerre à Gaza.
L’achat récent d’un important système de défense aérienne auprès d’Israël par la Grèce a mis en lumière la coopération croissante entre les deux pays, même qu’Athènes cherche à préserver ses relations traditionnellement bonnes avec d’autres pays du Moyen-Orient.
Le contrat de 3 milliards d’euros (3,5 milliards de dollars) pour le système, baptisé Bouclier Achille, a été négocié pendant plus de trois ans et reflète un rapprochement entre la Grèce et Israël qui a débuté en 2010 dans les domaines de la défense, de l’énergie et de la sécurité.
Ce système de défense multicouche est conçu pour se protéger contre les drones, les avions, les missiles de croisière et les missiles balistiques.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a qualifié cet accord de « l’un des plus importants de l’histoire du pays » après la signature du contrat à Tel Aviv le 31 août.
Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a déclaré plus tôt ce mois-ci que le système était « le meilleur disponible, compte tenu des ressources dont nous disposons » et a salué la « relation stratégique avec Israël ».
Mitsotakis, qui a récemment visité la Jordanie, promis un soutien au Liban et doit se rendre en Égypte et en Arabie saoudite, a décrit la Grèce comme un pont entre l’Europe et le Moyen-Orient.
La Turquie n’est pas la cible
Israël et la Grèce entretiennent tous deux des relations tendues avec la Turquie.
George Tzogopoulos, analyste en relations internationales au Centre international de formation européenne basé à Nice, estime toutefois que leur coopération croissante ne constitue pas « une alliance contre la Turquie ».
« Israël ne va pas prendre le parti de la Grèce contre la Turquie », a déclaré Tzogopoulos à l’Agence France-Presse, ajoutant que les problèmes d’Israël avec la Turquie « dépassent le cadre des relations gréco-turques ».
Les changements géopolitiques au Moyen-Orient « créent une nouvelle réalité que la politique étrangère grecque ne peut ignorer », écrivait récemment Ino Afentouli, analyste au think tank grec ELIAMEP, dans le quotidien Ta Nea.
L’année dernière, le gouvernement conservateur grec a lancé son plus vaste programme de modernisation des forces armées depuis des décennies, d’une valeur de plus de 25 milliards d’euros.
La Grèce a également renouvelé son partenariat stratégique de défense avec la France en avril et s’apprête à acheter deux frégates italiennes.
Un équilibre difficile
Le contrat d’armement avec Israël a néanmoins suscité des critiques, en particulier de la part des partis de gauche.
« Le gouvernement choisit d’approfondir la dépendance défensive/militaire de la Grèce envers le gouvernement génocidaire d’Israël, qui viole le droit international, ignorant les protestations des organisations internationales », a déclaré le parti Syriza.
La guerre d’Israël à Gaza a provoqué de fréquentes manifestations en Grèce depuis 2023, certains manifestants accusant Israël de commettre un génocide.
Des navires de croisière israéliens ont également été la cible de protestations lors d’escales au Pirée et sur les îles grecques.
« La Grèce tente de trouver un équilibre en préservant ses relations traditionnellement bonnes avec les États arabes » du Moyen-Orient, a déclaré Tzogopoulos.
© Agence France-Presse




