Abdullah Öcalan : le fondateur du PKK qui a appelé à sa dissolution
Les points importants
- Appel historique : Öcalan a appelé le PKK à se dissoudre en février 2025, et le groupe a annoncé sa dissolution trois mois plus tard.
- Première loi de paix : Le parlement turc a adopté une loi suspendant les poursuites pour les membres du PKK qui déposent les armes, une avancée législative majeure.
- Libération réclamée : Les dirigeants du PKK exigent la libération d’Öcalan, toujours emprisonné sur l’île d’İmralı, pour que le processus réussisse.
Abdullah Öcalan, le fondateur emprisonné du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), est vénéré par de nombreux Kurdes et honni par beaucoup de Turcs, mais son appel à la dissolution du groupe l’a placé au cœur du premier effort de paix en Turquie depuis plus d’une décennie.
Le parlement turc a approuvé lundi une loi suspendant les poursuites et les peines d’emprisonnement pour certains membres du PKK qui déposent les armes, marquant la première étape législative d’un processus visant à mettre fin à un conflit qui a fait environ 50 000 morts.
Cette mesure ne traite pas du sort d’Öcalan, 77 ans, qui purge une peine à perpétuité et est emprisonné sur l’île d’İmralı depuis 1999, dont une grande partie en isolement.
Öcalan a appelé le PKK en février 2025 à se dissoudre, à déposer les armes et à poursuivre les droits kurdes par des moyens politiques. Le groupe a annoncé sa dissolution trois mois plus tard.
« Je crois au pouvoir de la politique et de la paix sociale, pas aux armes. Et je vous appelle à mettre ce principe en pratique », a déclaré Öcalan en juillet 2025 alors que des membres du PKK commençaient à détruire des armes lors d’une cérémonie dans le nord de l’Irak.
Les dirigeants du PKK ont réclamé à plusieurs reprises sa libération depuis le début du dernier effort de paix en octobre 2024, arguant qu’il doit pouvoir participer pour que le processus réussisse.
« C’est lui qui a initié ce processus », a déclaré à l’Agence France-Presse le haut dirigeant du PKK Devrim Palu. « Sa liberté est cruciale pour que ce processus avance avec une plus grande efficacité. »
Öcalan a fondé le PKK d’inspiration marxiste en 1978. Le groupe a lancé une campagne armée en 1984 pour obtenir un État kurde indépendant avant de recentrer son objectif sur l’autonomie et les droits politiques.
La Turquie, les États-Unis et l’Union européenne considèrent le PKK comme une organisation terroriste.
Les Kurdes représentent environ un cinquième de la population turque et vivent également en Syrie, en Irak et en Iran. On les décrit souvent comme le plus grand groupe ethnique au monde sans État.
Öcalan est né le 4 avril 1949 dans une famille d’agriculteurs turco-kurdes du sud-est de la Turquie. Il s’est engagé dans la politique de gauche pendant ses études à Ankara.
Il s’est ensuite installé en Syrie, où il est resté jusqu’à ce que Damas le force à partir en 1998. Après avoir cherché refuge en Russie, en Italie et en Grèce, il est arrivé au Kenya.
Des agents turcs ont capturé Öcalan à Nairobi le 15 février 1999, après qu’il eut quitté l’ambassade de Grèce, et l’ont ramené en Turquie.
Un tribunal l’a condamné à mort, mais la peine a été commuée en réclusion à perpétuité après l’abolition de la peine capitale en temps de paix en Turquie en 2002.
De nombreux partisans kurdes l’appellent « Apo », un mot kurde signifiant « oncle ». Beaucoup de Turcs le désignent comme « bebek katili », c’est-à-dire « tueur de bébés », en raison des attaques du PKK qui ont tué des civils.
La Turquie espérait que la capture d’Öcalan affaiblirait le PKK, mais il a conservé son influence depuis la prison. Il a ordonné un cessez-le-feu qui a duré de 1999 à 2004.
En 2005, il a demandé à ses partisans d’abandonner l’objectif d’un État kurde indépendant et de poursuivre l’autonomie en Turquie, en Syrie, en Irak et en Iran.
Öcalan a participé à un autre processus de paix lancé en 2013, lorsque le président Recep Tayyip Erdoğan était premier ministre. Les pourparlers ont échoué en juillet 2015, entraînant une reprise des combats.
L’effort actuel a commencé en octobre 2024 lorsque Devlet Bahçeli, leader du Parti d’action nationaliste (MHP) et allié d’Erdoğan, a offert à Öcalan la possibilité de s’adresser au parlement s’il renonçait à la violence et ordonnait la dissolution du PKK.
Öcalan a répondu qu’il était prêt à aider à faire passer la question kurde « d’un espace de conflit et de violence à un espace de droit et de politique ».
Des délégations du Parti de l’égalité et de la démocratie des peuples (DEM Party), pro-kurde, lui ont depuis rendu visite sur l’île d’İmralı et ont transmis des messages entre Öcalan et la direction politique turque.
Avant le vote de lundi, Öcalan a décrit la loi comme le début d’un effort pour résoudre le conflit kurde.
« Avec cette loi, nous nous engageons à résoudre un problème historique », a-t-il déclaré. « Il faut désormais travailler avec le même sérieux pour une république démocratique. »
©Agence France-Presse.




