Le Parlement turc admet que l’enquête sur le coup d’État de 2016 n’a produit aucun rapport final juridiquement valide
Les points importants
- Absence de rapport officiel : Le Parlement turc admet que l’enquête parlementaire sur le putsch de 2016 n’a jamais abouti à un rapport final juridiquement valide, malgré une répression massive.
- Révélation parlementaire : Le vice-président du Parlement, Bekir Bozdağ, a confirmé que le document soumis était devenu caduc à la fin de la législature, sans avoir été officiellement adopté.
- Conséquences juridiques : L’absence de rapport officiel prive la justice et les instances internationales, comme la CEDH, d’une base légale pour identifier les auteurs du coup d’État.
Le Parlement turc a reconnu que son enquête sur la tentative de coup d’État de 2016 n’a produit aucun rapport final juridiquement valide, malgré le fait que le gouvernement ait imputé la responsabilité au mouvement Gülen, fondé sur la foi, et mené une répression d’une décennie impliquant arrestations massives, condamnations et licenciements, a rapporté le Stockholm Center for Freedom.
Selon le rapport, cette reconnaissance figurait dans une réponse écrite datée du 15 juin, signée par le vice-président du Parlement, Bekir Bozdağ, adressée au député d’opposition Ömer Faruk Gergerlioğlu, qui s’était interrogé sur les raisons pour lesquelles le rapport de la commission parlementaire n’avait jamais été publié ni débattu.
Bozdağ a indiqué que le rapport n’avait jamais été formellement publié en tant que document parlementaire officiel et qu’il était devenu caduc à la fin de la législature, ne pouvant faire l’objet d’aucune procédure parlementaire ultérieure au cours de la législature actuelle. Le Parlement avait déjà déclaré qu’il n’existait aucun texte approuvé répondant aux exigences légales pour être qualifié de rapport d’enquête parlementaire officiel.
Cette réponse laisse le Parlement sans récit officiel adopté de l’un des événements les plus marquants de l’histoire récente de la Turquie, alors même que le gouvernement et les tribunaux ont traité la responsabilité de la tentative de coup d’État comme établie.
La Turquie a connu une controversée tentative de coup d’État militaire dans la nuit du 15 juillet 2016, qui, selon de nombreux observateurs, était une opération sous faux drapeau visant à renforcer le régime autoritaire du président Recep Tayyip Erdoğan en éliminant les dissidents et en neutralisant des acteurs puissants comme l’armée, dans sa quête de pouvoir absolu.
Le ministre de la Justice, Akın Gürlek, a déclaré ce mois-ci que depuis le coup d’État avorté, les autorités avaient engagé des poursuites judiciaires contre 720 580 personnes pour appartenance à une organisation terroriste présumée liée au mouvement Gülen, et que 127 102 d’entre elles avaient été condamnées. Il a précisé que les 289 procès concernant une participation directe au coup d’État étaient tous terminés, bien que des appels soient encore en instance dans certains cas.
Ces chiffres couvrent à la fois les poursuites directement liées à la tentative de coup d’État et la répression beaucoup plus large des présumés sympathisants du mouvement Gülen.
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan cible les fidèles du mouvement Gülen, inspiré par le défunt ecclésiastique musulman Fethullah Gülen, depuis les enquêtes pour corruption de décembre 2013 qui l’impliquaient, lui ainsi que certains membres de sa famille et de son cercle rapproché. Il a qualifié ces enquêtes de complot ourdi par des sympathisants du mouvement Gülen et a désigné le mouvement comme une organisation terroriste en mai 2016, intensifiant une répression généralisée après la tentative de coup d’État de juillet de la même année, qu’il a accusé Gülen d’avoir orchestrée. Le mouvement nie toute implication dans le putsch avorté ou toute activité terroriste.
Une commission parlementaire a été créée le 26 juillet 2016, moins de deux semaines après la tentative de coup d’État. Elle a commencé ses travaux le 4 octobre 2016 et son mandat a expiré le 4 janvier 2017. Son président, le député du parti au pouvoir Reşat Petek, a soumis ce qu’il a décrit comme le rapport de la commission au Parlement le 12 juillet 2017.
Deux jours plus tard, des membres du principal parti d’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), ont protesté, affirmant que le document soumis au Parlement n’était pas le même texte que celui qui avait été remis aux membres de la commission. Ils ont déclaré que les modifications et les ajouts allaient bien au-delà d’une simple révision éditoriale et qu’ils n’avaient pas eu la possibilité de répondre au matériel révisé.
Le différend n’a pas été résolu avant le début d’une nouvelle législature le 24 juin 2018. Selon le règlement du Parlement, les enquêtes inachevées d’une législature précédente deviennent caduques.
Le Parlement a déclaré dans un communiqué de 2022 qu’aucun rapport n’existait sur lequel les membres de la commission s’étaient mis d’accord et qui, par conséquent, aurait eu le statut juridique d’un rapport d’enquête parlementaire. Il a précisé que les transcriptions des auditions de la commission restaient accessibles au public, mais qu’aucune autre mesure formelle ne pouvait être prise concernant l’enquête.
Gergerlioğlu, député du parti pro-kurde Parti de l’égalité et de la démocratie des peuples (DEM Party), a soumis une nouvelle question parlementaire le 30 avril 2024, demandant où se trouvait le rapport et pourquoi il n’avait jamais été rendu public.
L’avocat Turan Canpolat a ensuite diffusé des copies de la correspondance sur les réseaux sociaux, arguant que l’absence de rapport valide signifiait que le Parlement ne disposait d’aucune conclusion juridiquement opérante identifiant les auteurs de l’attaque.
Canpolat a déclaré que le document devrait être soumis dans les affaires en instance devant la Cour de cassation et la Cour constitutionnelle turques, ainsi que dans les procédures devant des instances internationales, notamment la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH).
Cet article a été traduit de sa version originale depuis le site Turkish Minute.
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